Les plus aisés profitent plus que les autres de notre modèle social
Les plus riches perçoivent presque trois fois plus de prestations sociales que les plus pauvres. C’est logique, puisqu’une grande partie, notamment les retraites, dépendent du niveau de revenus. L’analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Publié le 16 avril 2026
https://www.inegalites.fr/Les-plus-aises-profitent-plus-que-les-autres-de-notre-modele-social - Reproduction interditeLe modèle social français est généreux, surtout pour les plus riches. Les dépenses de prestations sociales représentent 568 milliards d’euros, selon l’Insee (donnée 2022) [1]. Un montant important, équivalent au tiers du total des revenus perçus par les ménages. Contrairement à une idée très répandue, ces dépenses sociales vont d’abord aux plus aisés. Sur ces 568 milliards d’euros, les 5 % les plus riches en reçoivent 41 milliards (7,2 % du total), les 5 % les plus pauvres 15,2 milliards (2,7 % du total), soit presque trois fois moins. Les premiers bénéficient d’un chèque annuel de 12 150 euros par personne, les seconds de 4 470 euros.
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Pourquoi donner davantage aux riches qu’aux pauvres, alors que notre modèle est censé protéger les plus faibles ? Ce qui fait que les riches touchent plus, ce sont surtout les retraites : elles représentent 30 milliards sur les 41 milliards qu’ils reçoivent. En bas de l’échelle, les 5 % les plus pauvres perçoivent 2,3 milliards de l’ensemble des dépenses publiques liées aux retraites. Idem pour les indemnités chômage, maternité ou maladie : sept milliards vont aux plus riches contre 3,3 aux plus démunis. Inversement, les plus pauvres reçoivent huit milliards au titre des allocations familiales et des minima sociaux, quand les plus riches touchent 0,6 milliard.
Cette situation est logique. Notre système de protection sociale fonctionne en grande partie comme un mécanisme d’assurance : plus on cotise, mieux on est couvert, avec une limite tout de même. C’est ce qui fait qu’il est accepté par tous. Si les retraites étaient les mêmes pour tous, les salariés les plus riches, qui cotisent plus que les autres, n’accepteraient pas de le faire et préfèreraient mettre de l’argent de côté dans un système de retraite privé. Idem pour le chômage. Il en est de même pour les arrêts maladie ou les congés maternité. La redistribution a toujours des limites.
Source : Insee, comptes de la nation – Données 2022
| Des comparaisons internationales faussées |
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| Les dépenses de prestations sociales, pilier de notre modèle social, sont élevées en France. Ce phénomène est lié au fait que nous avons opté – pour l’essentiel – pour un système public obligatoire d’assurance retraite. Dans d’autres pays, une partie des dépenses des ménages passent par des assurances privées et ne sont pas comptabilisées comme prélèvement obligatoire, ce qui fausse les comparaisons internationales. Les ménages paient autant au bout du compte, mais par des canaux différents, encore plus inégalitaires que dans le système français. |
Photo / Ravi Patel, Unsplash
[1] « Les comptes de la nation en 2023 », Insee Résultats, Insee, mai 2024.
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